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Voyage autour de ma chambre

"Je cours, dans l'autre sens que la terre. Je cours et me fatigue. Je ne rattrape rien." (Loïc Lantoine)

Plaine, ô ma plaine...

Publié le 8 Septembre 2013

Plaine, ô ma plaine...

Pour cette bizarre première fois qui n'en est pas vraiment une, Anatole O. et Miranda B. se sont donné rendez-vous devant une station de métro qui ressemble un peu à celle de Gracia, à Barcelone, sauf que les arbres qui vivent là ont plutôt l'air parisien.
Miranda est arrivée longtemps avant l'heure. Elle est venue sur sa vieille jument, ce qui n'est pas très pratique dans cette ville immense. La bête piétine un peu et part brouter le gazon d'un rond-point. Appuyée à la rambarde, Miranda regarde les gens qui montent et qui descendent les escaliers de la station. Elle se dit qu'Anatole ne va jamais la reconnaître. Elle a chaud à la tête et froid aux pieds. Elle se dit qu'il ne viendra pas. Et puis il arrive. Il reste un moment derrière elle sans qu'elle s'en rende compte. Il est plein de doutes. Il ne sait plus s'il doit être là ou pas. Il s'approche sans un bruit et d'une seule immense main, il recouvre ses yeux. Dans son autre main, il prend la toute petite main de Miranda qui sursaute à peine.
Quand elle se retourne, il a déjà disparu. Elle lui en veut un peu. Elle se demande si c'est pour jouer ou pour de bon qu'il a foutu le camp. Il est espiègle. Il a laissé des indices pour qu'elle puisse le suivre, un genre de traînée de limaille, un sillage de paillettes qu'elle ne peut s'empêcher de goûter (ça pétille et ça chatouille le palais). Il y en a sur la rampe de l'escalier du métro. On dirait une trace d'escargot. Miranda la suit. Sa jument chemine tranquillement derrière elle dans les couloirs du métro. Miranda interroge les passants, elle leur demande s'ils n'ont pas vu Anatole. Ils s'en fichent. Ils veulent tous caresser le cheval, certains essayent même de monter dessus. Elle se rend compte que beaucoup correspondent à la description d'Anatole. Un plus audacieux que les autres affirme même : "Anatole? Mais c'est moi, voyons!"
Miranda et la jument monte dans une rame de métro déserte. On dirait bien que tout est perdu, qu'il a définitivement disparu sans demander son reste. Le métro démarre. Miranda sanglote. La jument s'est allongée comme un très grand chien. En reflet sur la vitre, Miranda ne voit pas son visage mais celui d'Anatole. Elle descend au terminus. En haut des escaliers déserts de la station déserte, s'étend une plaine déserte immense, couverte de givre. Elle traverse un champ sans fin qui vient d'être labouré. Il y a une taupe déchiquetée à ses pieds. Le sang est très vif dans le blanc du givre. Elle marche longtemps avant de rencontrer un être humain au volant d'un énorme tracteur. C'est un vieux très rouge avec un gros nez. Elle lui dit qu'elle cherche l'Inventeur. Il lui fait signe de monter. Elle n'a pas le droit d'entrer dans la cabine mais elle s'accroche au rétro. Ils roulent longtemps. Elle est gelée. Il finit par la déposer et lui fait un signe de tête pour désigner une bicoque en bordure de départementale. Elle est encore loin mais il y a une petit loupiote allumée à la fenêtre et ça suffit à faire le bonheur de Miranda.

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